10 illustrateurs africains pour la jeunesse finalistes au prix Golden Baobab 2014

Publié le Mis à jour le

lorraine-alvarez-posen-golden-baobab-south-africa-african-illustrators-715x506Je vous invite aujourd’hui à découvrir dix illustrateurs finalistes du prix Golden Baobab, décerné en novembre 2014 aux meilleurs auteurs et illustrateurs africains pour la jeunesse. Dix artistes de talent, qui évoquent, chacun à leur manière, un quotidien qui nous est tantôt familier tantôt inusité. Voici le lien : 10 illustrateurs africains pour la jeunesse à découvrir !

animals-cover.png_normal_960_400Parmi toutes les belles découvertes que j’ai faites en parcourant les fiches, j’ai été très touchée par l’engagement de certains artistes, dont Xanele Puren, cofondatrice de Sea-Saw-Do, un organisme communautaire qui conçoit des environnements invitants, fonctionnels et sécuritaires pour les enfants d’Afrique du Sud. Avec l’aide financière de la compagnie Sappi, Xanele Puren a aussi réalisé deux albums documentaires illustrés bilingues (anglais/xhosa) pour que les enfants de Kayamandi puissent avoir accès à au moins deux livres écrits dans leur langue maternelle.

J’ai également trouvé particulièrement inspirante la présentation vidéo de Gyimah Gariba (originaire du Ghana, mais qui travaille et vit présentement à Toronto). En quelques minutes seulement, cet artiste parvient à nous transmettre sa passion et sa détermination. C’est le genre de vidéo qu’il est bon d’avoir en réserve quand vient le temps de redonner à nos enfants espoir et confiance en leurs rêves. Je l’ai donc jointe à ce billet !

Arrêtez tout ! Voici les secrets des titres racoleurs, cela va vous épater !

Publié le Mis à jour le

Le clickbait (en français : clique bête ?) est un lien très attirant ou intriguant, composé d’un titre et d’une image, et dont le but est de piquer la curiosité. Ainsi, chaque fois qu’un utilisateur clique sur le lien racoleur, son diffuseur (qui n’est pas nécessairement l’auteur du clickbait) perçoit un revenu de publicité. On pourrait dire du clickbait qu’il est une figure de style racoleuse et manipulatrice. Il existe même des générateurs de clickbait. Voici donc un billet fort enrichissant pour qui s’intéresse aux phénomènes de la manipulation de masse.

Mon jardin en janvier !

Publié le Mis à jour le

Cela fait tout près de quatre ans que je tente désespérément de faire fleurir mes orchidées. J’ai appliqué à la lettre les conseils glanés ici et là pour y arriver, en vain. Et puis, au printemps dernier, nous avons aménagé dans notre nouvelle demeure, qui compte plusieurs grandes fenêtres au sud. L’une d’elles est munie d’une petite cavité creusée dans le mur du côté. J’y ai placé mes pots, en me disant que, protégés du soleil direct, mes orchidées avaient peut-être une petite chance de fleurir : je suis d’un tempérament perspicace ! Quelle ne fut pas ma surprise, il y a quelques semaines, de voir surgir une nouvelle tige garnie de petits boutons à travers les feuilles de l’un des plants ! L’autre plant n’a pas tardé à imiter le premier. La semaine dernière, une première fleur a éclos. Puis, quelques jours plus tard, une autre fleurs est apparue. C’est avec impatience, je l’avoue, que j’attends que, l’une après l’autre, ces merveilles s’épanouissent. J’ai l’impression d’assister chaque fois à un petit miracle : mon jardin en janvier !

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERA

Petaluda au château de Berlin

Publié le Mis à jour le

Voici ce qu’écrit Sonia Alain sur le journal La Métropole à propos de ma série Petaluda. Lisez l’original de ce billet en cliquant sur ce lien : Petaluda au château de Berlin.

« Il s’agit de voyages imaginaires qui s’inspirent de faits réels. Dans ce livre-ci, les jeunes peuvent en apprendre davantage sur la famille Bach, et les coutumes de la cour au château de Berlin dans les années 1720. L’écriture est faite dans un langage recherché, mais qui demeure accessible malgré tout – on retrouve d’ailleurs un lexique à la fin pour les mots moins communs. Plusieurs passages du texte sont en couleur ou en surbrillance (caractères plus gros), ce qui donne vie au récit.

Quelques petits dessins illustrent par-ci par-là des scènes ou des personnages. De plus, vous trouvez à la fin du livre des questions de réflexions, et des propositions d’activités à faire en classe.

L’histoire commence lorsque Petaluda se rend à un concert de Bach avec ses grands-parents. Au moment où elle fait des recherches sur la tablette de ceux-ci, Shaka, le papillon la fait quérir pour venir le rejoindre dans le passé. Elle effectue le parcours à l’intérieur d’une calèche.C’est alors qu’elle fait la connaissance de Bach et de son fils Wilhelm, ainsi que de la princesse Wilhelmine. Elle découvrira le château de Berlin dans toute sa splendeur, fera un parallèle entre les vêtements d’aujourd’hui et ceux de cette époque.

Elle fera également la rencontre de deux fées, Iris et Anaïza qui leur réservent toute une surprise. Bref, un voyage intéressant à faire avec les enfants.

VOICI UN EXTRAIT

Petaluda au château de Berlin, Sophie-Luce Morin, Éditions Cornac, 2013

« Les artistes trouvaient le roi très dur parce qu’il jugeait que la pratique des arts constituait un luxe que le royaume ne pouvait plus se payer. Ainsi, la majorité des artistes ne pouvaient plus faire briller leurs talents à Berlin et devaient s’établir ailleurs. Frédéric-Guillaume 1er s’était fait la réputation d’être un roi avaricieux et froid, que peu de choses parvenaient à émouvoir, surtout pas l’art. »

Un nouveau tome est sorti, il s’agit de « Petaluda au Carnaval de Venise ».

Bonne lecture ! »

Écrire, c’est aimer

Publié le Mis à jour le

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe 15 novembre 2014, j’ai répondu aux questions de Nadia Gosselin, consultante et coach d’écriture. La version originale de cette entrevue se trouve ici : Entrevue réalisée avec Nadia Gosselin, Le pigeon décoiffé.

« J’espère en arriver à faire vivre des émotions au lecteur : le faire rire, le faire pleurer ou ébranler ses certitudes. Ultimement, je trouve beaucoup de valorisation à aider les gens – ou à croire que je les aide. » ― Sophie-Luce Morin

La grande question : pourquoi écrivez-vous ?

D’emblée, j’aurais envie de vous dire que j’écris parce que « travailler, c’est trop dur »[1]. Bien que vraie, cette réponse pourrait cependant être mal interprétée. Surtout, elle ne rendrait pas justice à mon parcours parsemé de doutes et de quelques plusieurs embûches.

Je crois que mon désir d’écrire a commencé par une attirance profonde pour les livres. Je me rappelle la fascination que les dictionnaires et les encyclopédies exerçaient sur moi, alors que je n’étais âgée que de trois ans et que ne savais pas encore lire. J’aimais l’odeur de l’encre, la texture et le froissement du papier quand je tournais les pages. J’aimais les livres, comme les petites filles aiment les poupées, en général.

Ensuite, il y a eu ma rencontre avec Kim Yaroshevskaya, alias Fanfreluche[2], lors d’un souper chez une amie. J’avais huit ans. Les gens de ma génération se souviennent sûrement de cette série mettant en scène la poupée Fanfreluche, qui racontait des contes et des légendes aux enfants. Quand elle jugeait que « ce qui arrivait dans l’histoire n’était pas très juste »[3], elle entrait dans le livre pour en changer l’issue.

Je ne saurais exprimer à quel point ces quelques heures passées aux côtés de mon idole ont été déterminantes. Après cette rencontre, Fanfreluche n’était plus un simple personnage de télé, mais une humaine investie du pouvoir de changer le cours de l’histoire. Je me suis dit que si elle pouvait réaliser ce tour de force, je le pouvais aussi. J’ai donc traversé mon enfance et une grande partie de ma vie de jeune adulte avec cette idée que je pouvais changer le monde, et celle, inconsciente, que le bonheur était logé entre les deux oreilles. C’est malheureux que mes belles certitudes m’aient abandonnée sur le bord du chemin pendant quelques années, mais ça, c’est une autre histoire…

J’ai exploré d’autres domaines avant de me lancer dans des études universitaires en littérature : musique, théâtre, animation radiotélévision, dessin de mode, horticulture et psychologie. J’ai même songé à faire des études en droit.

Toute ma vie, j’ai vécu des déchirements relativement à cette sempiternelle question : mais qu’est-ce que je vais bien faire quand je serai grande ? Encore aujourd’hui, je suis envahie de tristesse quand je songe au nombre incalculable de possibilités qui s’offrent à moi en regard de la durée de l’existence.

Puis, un jour, une petite lumière a jailli : pourquoi me restreindre ? Pourquoi ne pas vivre toutes les expériences auxquelles je rêve par l’intermédiaire de personnages ? Grâce à la fiction, ne m’était-il pas possible de me tailler une vie sur mesure, à la hauteur de mes aspirations ?

C’est ainsi que j’ai repris mes études universitaires depuis le début. Je me suis rendue jusqu’au doctorat, que j’espère bien terminer un jour.

Sans doute comprenez-vous mieux, maintenant, la réponse que je vous ai donnée d’emblée : j’écris parce que cette activité me procure tant de joie que je n’ai pas l’impression de travailler.

Quelles sont vos thématiques préférées ?

Les relations humaines et celle entre les hommes et la nature. La santé mentale, les inégalités sociales et les sévices que l’on fait subir aux femmes et aux enfants m’interpellent également. Enfin, la question du français au Québec me préoccupe au plus haut point.

Quel est l’objectif que vous tentez d’atteindre en travaillant un texte ?

J’espère en arriver à faire vivre des émotions au lecteur : le faire rire, le faire pleurer ou ébranler ses certitudes. Ultimement, je trouve beaucoup de valorisation à aider les gens – ou à croire que je les aide. J’aime qu’un lecteur me confie qu’il a trouvé du réconfort dans mes écrits ou qu’il y a puisé une source quelconque d’inspiration. C’est le plus beau compliment que l’on puisse me faire.

Avez-vous une obsession liée à l’écriture ?

Je voudrais que mes textes soient parfaits, tout en sachant que c’est une quête vaine. Cela ne m’empêche aucunement de les retoucher, tant que cela m’est permis de le faire, au grand dam de mes éditeurs. Je n’ai jamais publié quoi que ce soit que je ne retoucherais pas. Voilà pourquoi j’ai pris la décision de me tenir loin de mes écrits une fois qu’ils sortent de chez l’imprimeur !

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture ?

J’ai une hyperactive qui sommeille au fond de moi. Je n’arrête pas, pour ainsi dire. Pour moi, relaxer, c’est faire autre chose. Si l’inspiration n’est pas au rendez-vous, je la provoque en m’activant.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui ?

J’imagine que ceux qu’on aime nous influencent… Voici donc une liste non exhaustive de mes préférés : Zola, Balzac, Flaubert, Stendhal. Donna Tartt, Paul Auster, Raymond Carver. Réjean Ducharme, Michel Tremblay, René Lapierre. Joaquim Machado de Assis, Jorge Amado, Oswaldo França Junior.Nina Berberova. Maryse Condé. Kundera. Boris Vian. Enfin, j’aime beaucoup la littérature japonaise, que je commence à peine à découvrir.

Quel est le moteur de votre inspiration ?

Comme la plupart des créateurs, mon inspiration trouve sa source dans ce qui m’émeut : un livre, une musique, les paroles d’une chanson, un film, l’intensité du rose d’une variété de lys, l’odeur d’un plat qui mijote, le sourire d’un enfant, une scène dont je suis témoin, une histoire qu’on me raconte, mes enfants, les petites attentions de mon héros, un souvenir… tant de choses m’attendrissent ! Et, parmi elles, il y a la nature. Je peux passer des heures à errer dans mon jardin ou à le contempler par la fenêtre, tout en travaillant. C’est d’ailleurs la dernière chose que je fais avant de me mettre au lit : regarder dehors. Ce sont des moments de pur émerveillement et de bonheur très intense dont je ne me lasse pas. Une telle splendeur me fait prendre conscience de la force de la vie en même temps que de sa fragilité. Et, surtout, du temps qui est compté. Il me semble que plus on prend conscience de sa finitude, moins on laisse le malheur nous gruger.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais ?

Très souvent ! C’est fou le temps que je mets à fignoler une phrase, à trouver le mot juste, à reprendre mon texte jusqu’à ce qu’il reflète le plus précisément possible ma pensée. Je tranche, je reprends, je peaufine, je rature, j’élimine, je rajoute, je déplace, je doute, je consulte, j’abandonne, je reviens. Et puis,comme par magie, le texte se met en place. Ce moment-là en est un de grâce, qui me fait oublier tout le reste.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique ?

Je crois à la passion. C’est la passion qui nous pousse au dépassement, à donner et à se donner sans compter, et pas seulement en écriture.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif ?

Sans dire que j’aime qu’on lise par-dessus mon épaule, je préfère de loin recevoir des avis de personnes choisies au fur et à mesure que l’histoire avance plutôt que d’écrire mon roman toute seule dans mon coin. Cela me permet d’évaluer la réception de mes textes et de les ajuster en conséquence : accentuer une blague, en éliminer une autre que je suis la seule à trouver drôle, expliquer davantage ou autrement une scène ou la jeter à la corbeille. Et Dieu merci, travailler ainsi est rendu tellement facile, aujourd’hui, grâce à l’Internet !

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur ?

Oui, si je juge que les suggestions proposées vont l’améliorer, l’amener plus loin, peut-être même là où je n’avais pas envisagé d’aller.

Une part de votre écriture est-elle autofictive ?

J’écris à partir de moi, de mes expériences, de mes valeurs, de mes intérêts, de mes aspirations, d’un lieu, d’une époque, etc. En ce sens, je suis partout dans mes textes. Mais, toujours, « je est un autre », pour reprendre Rimbaud.[4]

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle ?

Je dirais que c’est un mélange des deux. Je rédige d’abord un synopsis, que je découpe en séquences. Ce travail me permet de voir si mon histoire tient ou non la route. Ce qui compte, surtout, c’est de déterminer le début et la fin de l’histoire avant de commencer à l’écrire : cela évite d’écrire pour rien (écrire pour quelque chose est déjà assez fatigant, alors…) En parallèle, j’élabore une galerie de personnages, qui vont aider (ou nuire !) à la quête de mon héros. En général, j’effectue également beaucoup de recherche pour broder mes univers et les rendre crédibles.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture ?

Honnêtement, écrire me tue, ah ah ! Pour moi, nettoyer le jardin, tondre le gazon, faire le grand ménage, cuisiner pendant de longues heures, ce n’est rien comparé à rester vissée pendant cinq à sept heures devant un écran à s’user les yeux et les méninges. En somme, ce que j’aime de l’écriture, ce n’est pas d’écrire, mais ce qui résulte de cet exercice, à ce moment précis où il ne me reste qu’à polir les pépites ramassées en chemin. C’est comme le gymnase : je déteste m’entraîner. Et pour m’y rendre, je dois rester concentrée sur les sensations de bien-être qui m’envahiront une fois la séance terminée. Je sais que je vais me trouver belle et invincible, alors que je me trouvais moche soixante minutes plus tôt.

Nancy Huston et d’autres écrivaines ont comparé la création littéraire à la grossesse. Je trouve cette analogie assez juste. Comme l’écriture, la grossesse s’accompagne souvent de plusieurs désagréments : maux de cœur et d’estomac, gonflements, fatigue, troubles du sommeil, angoisses, attentes, sans parler des douleurs de l’accouchement. Mais une fois qu’on tient son bébé dans ses bras, on oublie tout, et on recommence. Écrire, c’est pareil. Pour rendre l’exercice le plus facilitant et le plus agréable possible, j’ai mis en place diverses stratégies. La première consiste à me garder en forme et à bien me nourrir. Cela m’aide à rester concentrée à la tâche : l’hyperactive en moi est très coriace. Côté environnement et ambiance, je suis choyée. La pièce où j’écris est munie de grandes fenêtres et d’un petit balcon qui donne sur le jardin. Il y a des livres, de la musique et des chandelles, quelques toiles réalisées par ma mère et des canapés confortables pour faire la lecture (mais je m’en sers surtout pour y déposer mes haltères, ah ah ! )

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration ?

Mon principal problème n’est pas le manque d’inspiration, mais la difficulté à rester concentrée sur un projet et à le mener sans me laisser distraire par les autres idées qui accaparent mon esprit. J’ai tendance à m’éparpiller.

Lorsque vous travaillez un texte, et que vous en faites relecture, après le premier jet, tranchez-vous généralement dans le texte, à cette étape du travail, ou si, au contraire, vous avez tendance à en rajouter pour préciser, mieux camper les atmosphères, etc. ?

Contrairement à plusieurs, je n’écris pas de premier jet. Pour moi, cette manière de faire constitue une perte de temps. J’y vais donc un chapitre à la fois, que je m’applique à écrire le plus parfaitement possible. Le lendemain, je commence toujours ma journée en relisant ce que j’ai écrit la veille. La plupart du temps, je tranche, je précise, je creuse, encore et encore. C’est ainsi que les chapitres de mon synopsis se modifient, en gardant toujours ma fin en tête. Si cette dernière se modifie bien un peu en cours d’écriture, il est rare qu’elle change suffisamment pour que je sois obligée de reprendre le manuscrit depuis le début.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain ?

J’alterne entre l’écriture pour la jeunesse et l’écriture non fictionnelle pour ne pas m’essouffler.

Quel est le point commun, selon vous, de tous vos écrits ?

Moi ! Ils sont écrits par moi, ah ah !

Quel est l’aspect qui vous semble le plus important à travailler dans un texte ?

Dans un texte, aucun aspect ne doit être privilégié au détriment des autres. Chaque scène, chaque dialogue, chaque réplique sert à faire avancer efficacement l’intrigue. D’une part, leur rôle est d’informer le lecteur sur les secrets, les valeurs, les intentions, les motivations, etc. des protagonistes. D’autre part, les indices semés ici et là à travers le récit ont pour fonction de permettre au lecteur d’appréhender le dénouement. La longueur des phrases et la ponctuation ont également un rôle très important à jouer, car elles permettent au lecteur d’entendre la musicalité du texte.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie ?

À mes débuts, j’écrivais dans la douleur. Je carburais littéralement au désespoir quand j’ai écrit Écris-moi en bleu. Il s’avère que créer dans de tels contextes a des impacts sur la santé, physique et mentale. On ne peut pas être dépressive de huit heures à quatre heures et servir la collation à ses enfants avec le sourire quand ils rentrent de l’école et être attentive à eux jusqu’à ce qu’ils se mettent au lit. Moi, j’étais une mère. Avant tout, j’étais une mère. L’écriture, qui était censée être salvatrice, me détruisait. Après Écris-moi en bleu, j’ai laissé tomber l’écriture romanesque et me suis jetée dans l’écriture scénaristique, qui est un genre vis-à-vis duquel je trouve plus facile de prendre mes distances. C’est de cette manière que j’ai appris à ne plus me laisser engloutir par les exigences du travail de création. Margaret Atwood et Nancy Houston m’ont beaucoup inspirée en ce sens. Ces deux écrivaines ont jeté un éclairage nouveau, plus maternel, je dirais, sur la conception jusqu’alors assez masculine de la genèse des œuvres littéraires. Toutes deux ont prouvé qu’il était possible d’écrire dans la sérénité et de mener une vie riche entourée d’un mari et d’enfants. C’est ainsi qu’aujourd’hui, j’écris dans la joie. Et que même si je trouve encore certains aspects de la création exigeants, c’est dans la plénitude, le bonheur et la sérénité que j’accomplis ce travail – et que je m’accomplis, par le fait même…

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits ?

Bien sûr. À cet égard, j’ai appris à tempérer mes émotions. Je ne m’emporte plus de joie devant une bonne critique, pas plus que je ne m’effondre devant une moins bonne. Mon bonheur, je le puise dans les lettres que m’envoient mes lecteurs, dans lesquelles ils me confient à quel point ils ont été émus par certains passages que j’ai écrits. Mon bonheur, je le trouve aussi dans le regard rempli d’étincelles d’une petite fille qui se plante devant mon kiosque au Salon du livre, impatiente que je lui dédicace le plus récent tome de ma série Petaluda. C’est pour eux et pour ça que j’écris.

Y a-t-il des manuscrits qui dorment dans vos tiroirs ? Pourquoi les y laissez-vous ?

Oui, il y en a plusieurs. Certains ne sont pas achevés, parce que le sujet me touche encore trop. Je ne les terminerai peut-être jamais. Pour les autres, soit je ne les ai pas encore présentés, parce que je juge que le moment n’est pas venu [et que le moment ne viendra peut-être pas], soit ils mettent plus de temps à trouver leur éditeur.

Complétez à votre guise l’énoncé suivant :

« Écrire, c’est aimer. » Je l’ai déjà dit, dans Écris-moi en bleu, et ça n’a pas changé !

À quoi reconnaît-on, selon vous, un grand écrivain ?

Je l’ai aperçue dans la rue, l’autre jour. Elle faisait à peine 5’2, hi hi !

Lorsque vous êtes en processus d’écriture, lisez-vous d’autres auteurs sur le sujet qui vous préoccupe ? Toujours, et le plus possible. Les grands compositeurs, comme Bach, ont recopié les œuvres de leurs prédécesseurs pendant des années pour perfectionner leur art. Une fois la notoriété atteinte, ils ont continué d’étudier les compositions de leurs pairs pour les dépasser. Je trouve cette manière d’aborder le travail d’écriture inspirante.

Merci Nadia Gosselin pour cette entrevue !

[1] Titre d’une chanson de Zachary Richard.

[2] Retrouvez Fanfreluche en cliquant sur ce lien : 

[3] Retrouvez Kim Yaroshevskaya en cliquant sur ce lien : 

[4] Arthur Rimbaud [1854-1891], dans une lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871, dans laquelle il s’exclame « je est un autre ».

Écrire le mal

Publié le Mis à jour le

9782897111335

En septembre dernier paraissait, chez Druide, Écrire le mal, écrit par Claude Champagne. Il s’agit d’un premier roman pour adulte pour cet auteur, qui a pratiqué l’écriture théâtrale durant de nombreuses années, avant de se tourner vers la littérature jeunesse. Êtes-vous prêt à entrer dans ce jeu de miroirs ? Acceptez-vous de ne pas en ressortir indemne ?

« Je n’avais pas écrit un seul mot ou presque depuis la disparition de ma fille ni même déjà tenu un journal de ma vie. Pourtant, me voici ce soir à rédiger ces lignes, comme mon père avant de mourir. Après les événements d’aujourd’hui, ça a été plus fort que moi. » Ainsi débute le journal d’une enquête menée par Jean Royer, un écrivain qui vient d’hériter de la petite agence de détectives privés de son père. Alors qu’il s’apprêtait à annoncer aux deux employés sa décision de vendre l’entreprise, une vieille femme est arrivée en larmes : on avait tué son chien. Sur les lieux du « crime », Jean Royer découvre ce qu’il appelle un camp de vacances pour futurs tueurs en série. À partir de ce moment, connaître l’identité du malade qui a perpétré ces atrocités l’obsède. Serait-ce un semblable désaxé qui, six ans plus tôt, a enlevé sa fille jamais retrouvée ? Cette fois, il a peut-être les moyens de remonter jusqu’au coupable. En s’approchant de la vérité, Jean Royer s’enfonce dans les méandres de l’âme humaine, d’où surgissent d’anciennes mais vives blessures. Un polar psychologique aux accents de thriller. Un récit poignant rythmé par des revirements inattendus et la lancinante douleur d’un père. (Quatrième de couverture)

Bien qu’Écrire le mal soit campé dans un univers noir, ce roman ne se classe pas tout à fait dans le genre thriller ou policier. Ce n’est pas un reproche, loin de là. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à le ranger du côté de la quête identitaire ou même du nouveau roman, tant il m’est apparu que l’enquête de Jean Royer n’était qu’un prétexte à l’aventure de l’écriture et de la réflexion.

Dans ce roman, où le vide et l’absence noircissent chaque page, enquêter et écrire ne font qu’un. À l’instar de la Trilogie new-yorkaise (Paul Auster), le détective et l’écrivain sont interchangeables. Car, l’un comme l’autre cherche des réponses ou un sens aux choses en retournant sur les « lieux du crime », en revisitant le passé et en confrontant quelques démons au passage. Voilà pourquoi la quête principale de ce roman n’est pas de résoudre une énigme criminelle, mais plutôt de créer un espace pour générer du sens par la parole : celle de l’enfant, du père, de l’ex, de l’écrivain, du citoyen, de l’angoissé. De l’écorché vif. Dans ce parloir s’enchevêtrent donc plusieurs voix – des voix d’hommes, surtout – dont les échos oscillent entre tendresse et cruauté.

Dans Écrire le mal, l’auteur pose des questions graves sur l’amour filial, sur la douleur, sur la condition humaine et sur sa propre identité dans un monde où il peine à trouver sa place. Ce roman est également le lieu de préoccupations sur le rôle de l’écriture et de l’écrivain. Qui est-il, d’ailleurs, cet écrivain ? Un maître de fiction qui s’avoue un étranger à lui-même ? Il enquête et note ce qu’il voit, ce qu’il veut voir ou ce qu’il imagine pour le livrer au lecteur, de sorte que celui-ci puisse, à son tour, devenir le maître de sa propre fiction ? En ce qui me concerne, j’ai particulièrement apprécié ces passages, qui confèrent à l’œuvre une dimension allégorique. Je vous en donne quelques-uns à lire :

  • « La mémoire est sélective. Le temps enjolive ou modifie nos souvenirs, à sa guise ou à notre convenance. Enfant, je regardais des photos de famille d’une époque où je n’étais pas encore né, et pourtant j’affirmais que j’avais été là. »
  • « Hier, je suis sorti de l’agence avec les cahiers de mon père sous le bras. Ils pesaient plus lourd que son urne funéraire. »
  • « Contrairement à ce qui se passe dans mes pièces ou dans mes romans, je ne suis pas le maître de ma vie. Je ne peux décider du cours des événements en les qualifiant de rebondissements dramatiques ou d’éléments déclencheurs. Je ne contrôle pas mon destin ni sa fatalité. Mon unique pouvoir est de tenter d’infléchir les effets qu’ils auront sur moi. Seulement, je ne suis pas un surhomme. »
  • « … Maudit que c’est pas facile de marcher avec son cerveau quand son cœur fait du bruit. »
  • « Seulement, je ne suis pas un très bon menteur. Mes histoires ont toujours un fond de vérité. Je la trafique, la transpose, l’enjolive ou l’enlaidit, mais, au bout du compte, elle demeure vraie, même si, au final, tout est faux. Sauf pour ce journal, qui constitue ma première incursion dans ce que certains appellent l’autofiction. »
  • « Dans mon petit pays, qui n’en est pas un, j’ai fréquemment l’impression que nous vivons entassés les uns sur les autres. Sept millions dans un deux et demie. Chut… Ne parle pas trop fort, tu pourrais déranger. Chacun tire sur la couverture pour se protéger du froid et mieux dormir. Souvent, j’ai songé à quitter ma province. Mais pour aller où ? »

Le récit est entrecoupé par l’insertion de pages tirées de deux journaux intimes : celui d’un adolescent qui expérimente le mal et en rend compte, et celui du père de Jean Royer, dans lequel ce dernier relate, entre autres, l’enquête qu’il mène sur la disparition de Charlotte. Cette narration à voix multiples permet, d’une part, de découvrir notre héros à travers le récit d’autres protagonistes. D’autre part, elle permet à l’auteur d’exploiter la thématique du mal de telle façon que le lecteur sent bien que chacun constitue une facette d’un même prisme. D’une main de maître, Claude Champagne emmène son lecteur d’hypothèse en hypothèse, sans toutefois lui donner de réelle réponse à la fin.

Écrire le mal est un roman comme il s’en écrit peu. Les questions qu’il soulève sont nombreuses, et les réponses appartiennent à chacun de nous. N’est-ce pas le propre d’un grand roman ? Merci, Claude Champagne.

Gratitude & Paroles sages

Publié le Mis à jour le

9782761937405Samedi dernier avait lieu le 40e Congrès émotivo-rationnel. J’en profite pour remercier chaleureusement monsieur Louis-Georges Desaulniers, c.o., ps. éd., son épouse, madame Ginette Barbary, ainsi que les membres du Comité organisateur pour la tenue de cet événement. Mes remerciements vont également à madame Micheline Côté-Auger, pour sa présence et sa générosité, sans oublier messieurs Pierre Bovo, Gaétan Larocque et Serge Mayrand. Enfin, merci aux quelque deux cents participants et à toutes ces autres personnes qui ont contribué à faire de cet événement un succès.

Ce colloque soulignait également la 40e année de la publication de S’aider soi-même, écrit par le regretté monsieur Lucien Auger, Ph. D.. Ce livre, toujours d’actualité, a d’ailleurs été nouvellement réédité. N’est-il pas magnifique ? Procurez-vous-le en cliquant sur l’image !

C’est donc dans le cadre de cette journée commémorative que je donnais ma conférence La rupture amoureuse, qui a été fort bien accueillie.

Pour répondre à la demande de quelques participants, il me fait plaisir de publier sur ce blogue quelques-unes de mes Paroles sages. Ces dernières sont inspirées des enseignements de messieurs Lucien Auger et Louis-Georges Desaulniers.

Je vous invite à ajouter vos mots à cette liste. Quelles sont ces petites phrases qui vous portent et que vous vous répétez pour vous motiver ou pour encourager vos proches ? Écrivez-les dans l’espace réservé aux commentaires. Je les regrouperai et les publierai sous la rubrique « Paroles sages » de ce blogue. N’oubliez pas d’inscrire leur provenance et le nom de leur auteur, dans la mesure du possible – et votre nom, bien sûr !

  • Mon bonheur grandit à mesure que je diminue mes attentes.
  • Les « événements » sont des occasions de dépassement. Ils peuvent m’amener à emprunter des avenues insoupçonnées et me faire découvrir des aspects de moi surprenants.
  • La santé est considérée par plusieurs comme le plus grand bonheur.
  • Rien n’est parfait : il y a toujours des avantages et des inconvénients à toute situation.
  • Les lois de l’univers sont indépendantes de ma volonté.
  • Rien dans ce monde ne dit que mes désirs doivent être satisfaits.
  • Les autres ne sont pas obligés d’obéir à mes ordres. S’ils le font, c’est bien parce que cela leur convient.
  • Le bonheur, c’est une poignée d’émotions agréables et quelques désirs comblés.
  • Ce n’est pas parce que ma vie ne répond pas à mes attentes que je ne peux pas être heureux.
  • Tous les humains sont faillibles et imparfaits.
  • Rien n’est permanent : tout commence et tout finit, tout naît et tout meurt.
  • Nul ne connaît l’avenir. Ce qui m’apparaît aujourd’hui comme une aubaine peut se transformer en malheur. À l’inverse, ce qui m’apparaît comme un malheur peut finalement s’avérer une occasion inespérée.

La rupture amoureuse : une conférence qui présente des stratégies efficaces pour retrouver l’équilibre plus rapidement

Publié le Mis à jour le

Odelin Salmeron

C’est avec plaisir que je vous convie à la conférence que je donne cette année encore dans le cadre du Congrès émotivo-rationnel. Elle aura lieu le 18 octobre 2014, au Centre St-Pierre, 1212, rue Panet, à Montréal (Métro Beaudry), de 9 h 30 à 10 h 30.

Vous pouvez assister à ma conférence seulement, mais je vous conseille fortement de prendre votre journée pour venir entendre ce que mes collègues vous ont préparé dans le cadre de cet événement annuel. Au demeurant, le prix est le même que vous assistiez à une ou à plusieurs conférences, soit 35 $ ou 40 $, selon le moment de votre inscription. Alors, pourquoi ne pas en profiter ?

Pour en revenir à ma conférence, La rupture amoureuse présente diverses stratégies efficaces pour réduire l’intensité des émotions vécues lors d’une rupture amoureuse et retrouver son équilibre plus rapidement.

L’amour n’a pas d’âge, la rupture amoureuse non plus !

Peu importe que vous viviez ou non cette problématique, cette conférence vous donnera des outils pour aider votre enfant, un élève, un collègue, un patient ou toute autre personne qui traverse une telle épreuve. Bienvenue aux adolescents !

Obtenez plus d’information sur cette journée ou pour vous y inscrire en cliquant sur ce lien :

Horaire et inscription : cliquez ici !

Je vous y attends en grand nombre !

Crédit photo : Odelin Salmeron

Le restaurant de l’amour retrouvé

Publié le Mis à jour le

« Quand je suis rentrée à la maison après ma journée de travail au restaurant turc où j’ai un petit boulot, l’appartement était vide. Complètement vide. La télévision, la machine à laver et le frigo, jusqu’aux néons, aux rideaux et au paillasson, tout avait disparu.
Un instant, j’ai cru que je m’étais trompée de porte. Mais j’avais beau vérifier et revérifier, c’était bien ici, le nid d’amour où je vivais avec mon petit ami indien. La tache en forme de coeur, abandonnée au plafond, en était la preuve irréfutable.
On aurait dit le jour où l’agent immobilier nous avait montré l’appartement pour la première fois. Seulement, à la différence de ce jour-là, il flottait dans la pièce un léger parfum de garam masala et, au beau milieu du salon désert, luisait la clé de mon copain. »

Résumé :

Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière.

Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.
Un livre lumineux sur le partage et le don, à savourer comme la cuisine de la jeune Rinco, dont l’épice secrète est l’amour.

L’auteure, Ito Ogawa :

Née en 1973, Ogawa Ito est l’auteure de livres pour enfants et fait partie du groupe de musique Fairlife. Le restaurant de l’amour retrouvé, son premier roman, est un best-seller au Japon et a été adapté au cinéma en 2010 par la réalisatrice Mai Tominaga.

Mon avis :

C’est un roman rafraîchissant, qui se déploie tout en douceur et en délicatesse. Une traversée identitaire racontée dans un mélange bien dosé de réalisme et de fantaisie, où le lecteur est invité à ralentir le pas, à contempler, à se laisser toucher par les petites choses du quotidien. J’ai particulièrement apprécié le parallèle qui est fait entre l’acte de cuisiner et celui d’écrire, où le dépouillement et la lenteur sont privilégiés. J’ai été conquise par cette vision respectueuse de la nature (animaux, végétation) et par cette nécessité évoquée, pour l’homme, de la nommer et de l’apprivoiser. Le restaurant de l’amour retrouvé : une éloge de la lenteur, qui met du baume sur le cœur.

* J’ai lu ce livre avec la musique de Yiruma en sourdine : c’était sublime !

Le suicide, c’est dur en bibite pour ceux qui restent

Publié le Mis à jour le

Aujourd’hui, je voulais rédiger une petite chronique à propos du bonheur que l’on peut recréer à l’infini à partir de nos souvenirs sensoriels.

Par exemple, il suffit que j’entende une chanson d’Olivia Newton-John jouer à la radio pour me retrouver en train de faire du lipsync en me déhanchant devant le miroir de ma chambre. Le chocolat chaud me rappelle mes hivers à construire des forts dans les montagnes de neige qui poussaient dans notre cour. Les vallons de la campagne, les odeurs de foins coupés, le chant des criquets me ramènent à mon essence. Les vieux arbres m’apaisent.

Ma vie se conjugue à des petits moments, comme ceux-là, qui me remplissent de bonheur et que je peux recréer facilement. Il suffit que je mette une tarte aux pommes à chauffer pour me retrouver en automne. Mignonne est attelée. Mes frères, ma sœur et moi, on s’apprête à aller cueillir des pommes. Elles sont piquées de vers, mais ça ne fait rien. Le plaisir, c’est d’aller aux pommes. Le plaisir, c’est de grimper dans les arbres, d’apercevoir une maman chevreuil avec son petit, de s’aventurer plus loin que permis et d’avoir, pour cette raison, le cœur qui bat un peu plus fort…

Dans cet article, j’avais envie de vous parler de la joie, même si, au fond, c’est plutôt la tristesse qui m’habite depuis quelques jours. J’ai tenté de combattre ce sentiment envahissant en faisant fi des hurlements qui résonnaient en moi ; en noyant ma douleur dans des activités qui accaparaient totalement mon esprit ; en troquant les mots grisaille, dérive, chagrin ou peine pour des mots tendres, teintés de rires. Des mots qui sentent le caramel fondu et le sucre à la crème. En vain.

Je rends donc les armes. J’abdique. J’abandonne, je m’abandonne. Je laisse s’écrire ce qui veut s’écrire, comme Duras l’aurait dit, ma boîte de kleenex posée près de moi.

Comme plusieurs, la mort abrupte et violente de Robin Williams m’a bouleversée. Il était un acteur fabuleux. Avec sa bouille sympathique, sa sensibilité, son intelligence, son humour, sa manière de dire les choses, il a su toucher le cœur de bien des gens.

Robin Williams projetait l’image d’un homme heureux, bien dans sa peau. Dans ces conditions, il est difficile pour certaines personnes de concevoir qu’il ait pu être habité d’un désespoir tel qu’il ne puisse envisager d’autre issue que la mort pour apaiser ses souffrances.

Vous vous demandez sûrement où je veux en venir ? J’y arrive…

Mon père est mort de la même manière. Il avait 59 ans.

Je ne me rappelle plus la date exacte de son suicide. C’était en fin d’après-midi, quelque part en mai ‘98 ou ’99. Je pourrais vérifier cette information facilement, me direz-vous. Je pourrais l’inscrire dans mon calendrier Outlook en y ajoutant même un petit rappel annuel : « Mort de papa ». Mais je ne le fais pas. Le suicide de mon père ne se réduit pas à une date ou à une journée dans l’année. Le suicide de mon père, je vis avec. Il fait partie de mon héritage. Il fait de moi ce que je suis.

Bien sûr, après toutes ces années, mes émotions ne sont plus à fleur de peau quand je me remémore cet événement. Aujourd’hui, je vis relativement en paix avec ce souvenir. Je dis « relativement », parce que c’est une paix fragile. Je l’imagine, ma paix, voguant sur l’océan au gré des intempéries. Au début, elle se promenait en chaloupe. Maintenant, c’est à bord d’un paquebot qu’elle suit son cours. Mais même les paquebots ne sont pas invincibles. Des nouvelles — comme celle de la mort de Robin Williams – peuvent endommager lourdement leur coque. Qui sait si les mots n’ont pas le pouvoir de réparer ces dégâts ?

Je me rappelle cet appel téléphonique, puis le choc terrible que j’ai ressenti quand j’ai entendu ces mots : « Ton père est mort. Il s’est suicidé. »

Je me rappelle l’église, l’entourage compatissant, les témoignages d’amour. Je me rappelle aussi les cancans et les médisances. Saviez-vous que les gens qui se suicident brûlent en enfer ? Moi, je n’étais pas au courant, mais certaines langues sales se sont fait un devoir de nous le rappeler, à ma famille et à moi. Ma mère — qui était alors en instance de divorce — a même reçu une corde pour aller se pendre. On lui a offert ce présent dans une boîte enveloppée d’un beau papier d’emballage à motifs de fleurs. Après tout, n’était-ce pas sa faute si mon père s’était enlevé la vie ? C’est pour vous dire la méchanceté du monde, parfois.

J’ai souvent imaginé les derniers moments de la vie de mon père, la détresse qu’il avait pu ressentir pendant les minutes qui ont précédé son geste, et même pendant. Je ne sais pas ce que j’aurais donné pour changer le cours du destin. Tout était pourtant si simple, dans mes rêves éveillés. J’aurais pris sa main et je lui aurais dit : « T’inquiète pas, papa, je te promets que ça va bien aller. Allez, viens, on va aller marcher dans le bois. Les pommiers sont en fleurs, le ruisseau gronde, les oiseaux pépient. Tu vas voir que la vie suit son cours ; qu’après l’hiver, c’est le printemps. »

Le suicide, c’est dur en bibite pour ceux qui restent…

Le jour où mon père s’est enlevé la vie, je suis morte avec lui. Je me suis mise à vivoter, enfermée dans un long tunnel avec pour seule lumière une flamme vacillante. J’avançais dans le noir en me demandant pourquoi il avait fait ça, et en ressassant ce que j’aurais pu faire ou ce que je n’aurais pas dû faire pour éviter ce drame. Je ne sais pas pourquoi j’ai réagi de la sorte. De toutes les routes que j’aurais pu emprunter, j’ai choisi un dead end, une route qui ne menait qu’à me détruire.

Combien d’années ai-je vécues ainsi, anéantie par la culpabilité face à la mort de mon père ? Trop, bien sûr. Tout cela parce ce que la dernière fois que je lui avais parlé, il m’avait semblé « bizarre ». Mais bon, mon père vivait des moments difficiles, et ça pouvait expliquer ce petit je-ne-sais-quoi que j’avais cru lire dans son regard. Même les médecins, qui l’ont examiné le matin de sa mort, n’ont rien vu, et l’ont laissé quitter l’hôpital. Mon père a franchi les portes de l’urgence avec un renouvellement de sa prescription d’antidépresseurs dans la poche, alors qu’il s’y rendait pour trouver refuge. Aujourd’hui, les recherches démontrent que les antidépresseurs peuvent pousser certaines personnes à commettre l’irréparable.

***

Je suis presque passée à travers ma boîte de kleenex. J’ai le nez rouge et les yeux bouffis. Je vais finir par m’arracher le cœur à force de brailler. Il est temps de conclure, mais comment ?

À part vous dire de consulter un spécialiste sans tarder si vous avez des pensées suicidaires et surtout, de ne pas hésiter à en parler ouvertement, que pourrais-je rajouter ?

Papa, je t’aime. Et tu sais quoi ? Ceux qui nous ont fait accroire que tu grillerais en enfer, je ne les ai jamais crus. Maman non plus.

Mes albums offerts à 50 % de rabais !

Publié le Mis à jour le

Cette année, glissez un livre ou deux ou même trois sous l’arbre ! Commandez-les avant le 15 décembre prochain pour vous assurer de les recevoir à temps !

51WDWmE5cVL__SL500_AA240_

Et alors ?

Écrit par Sophie-Luce Morin et illustré par André Rivest

Collection : Le raton laveur
ISBN : 9782920660472
Date de parution : juillet 2004
Nombre de pages : 24
Prix : 10 $ 5 $ + frais d’envoi

Résumé

Julie est en maternelle. Aujourd’hui, il fallait dessiner les animaux de la maison. Mais Julie n’a pas d’animaux. Pour ne pas paraître ridicule aux yeux de ses compagnes et compagnons de classe, elle va fabuler un peu… Et alors ? Alors, Julie devra prouver la véracité de tout ce qu’elle avance. Ce livre s’est classé parmi les meilleurs albums de l’année chez Communication-Jeunesse.

51ug556VS9L__SL500_AA240_

Son altesse Camille 1re

Écrit par Sophie-Luce Morin et illustré par André Rivest

Collection : Le raton laveur
ISBN : 9782920660588
Date de parution : juillet 2004
Nombre de pages : 24
Prix : 10 $ 5 $ + frais d’envoi

Résumé

Camille est une petite fille très rêveuse. Aussi, le jour où son horoscope lui annonce la réalisation de son rêve, se voit-elle déjà transformée en princesse. Rien ne sera plus comme avant, pense-t-elle, ce ne sera sûrement pas facile pour papa et maman. Mais ceux-ci voient la chose différemment.

51MiGus903L__SL500_AA240_

À Sarah de Léo

Écrit par Sophie-Luce Morin et illustré par Bruno St-Aubin

Collection : Le raton laveur
ISBN : 9782920660878
Date de parution : juillet 2004
Nombre de pages : 24
Prix : 10 $ 5 $ + frais d’envoi

Résumé

Pour l’anniversaire de Sarah, ses amis décident de faire un bonhomme de neige qu’ils nomment Léo, comme le petit nouveau de la classe. De moqueries en jeux de mots, les enfants s’amusent follement aux dépens du petit garçon roux qui porte des lunettes et qui bégaie. Sarah, elle, ne trouve pas ça drôle du tout. En réalité, pour sa fête, on dirait bien que Sarah va se faire un nouvel ami très gentil qui ne lui déplaît pas le moins du monde ! Un album sur la différence et l’intimidation.

Cultiver la joie

Publié le Mis à jour le

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Saviez-vous que l’humain serait de nature plutôt pessimiste, et assez doué pour le malheur ?

Il paraît, en effet, qu’on aurait naturellement tendance à :

  • Imaginer les pires scénarios de catastrophes.
  • Exagérer les problèmes.
  • Considérer le changement comme une menace.
  • Se positionner en victime.

En général, on est comme ça, nous, les humains.

Malheureusement, cette manière d’être nous éloigne de notre quête ultime : le bonheur. Parce qu’on est aussi comme ça : on veut être heureux.

Bien sûr, le monde étant ce qu’il est, c’est-à-dire injuste, il s’en trouve parmi nous qui viennent au monde avec le bonheur facile. On les remarque dès les premiers mois de leur vie. Ils sont ces bébés enjoués, curieux, souriants et sociables. On se les arrache, tant ils propagent la joie autour d’eux. Pour les autres — c’est-à-dire la majorité d’entre nous ! — le chemin de la sérénité n’est pas donné. Il se conquiert en développant des qualités comme l’optimisme, l’humour, la foi en l’avenir et en ses capacités d’adaptation.

Ayant moi-même cherché pendant longtemps cette espèce de sérénité salvatrice, j’avais envie, aujourd’hui, de vous partager quelques-uns de mes petits trucs. Rien de magique, cependant : ces trucs sont efficaces dans la mesure où on les intègre dans notre quotidien.

Évidemment, on ne peut pas péter le feu tous les jours : la vie comporte son lot d’épreuves, contre lesquelles nous ne pouvons rien. Mais on peut certainement être relativement heureux la plupart du temps.

1. Mangez santé.

2. Un esprit sain dans un corps sain : bougez ! Si vous n’avez pas le temps de pratiquer un sport, d’aller au gym, faites de petits gestes au quotidien pour vous dégourdir : empruntez l’escalier plutôt que l’ascenseur. Marchez toutes les fois que c’est possible plutôt que de prendre l’auto. Surtout, mettez le nez dehors : l’air frais chasse l’air bête, qu’elle disait toujours, ma grand-mère !

3. Trouvez-vous au moins une passion. Les gens passionnés sont plus heureux.

4. Lancez-vous des petits défis, et réalisez-les.

5. Chaque jour, apprenez une chose nouvelle. Si vous le pouvez, faites-en part à quelqu’un ou notez-la.

6. Répétez-vous répétez-vous répétez-vous des petites phrases toutes simples comme celles-ci, afin qu’elles s’encrent dans votre cerveau :

  • « Ce moment que je trouve difficile, voire pénible, va passer. »
  • « J’ai mené bien d’autres combats, et je les ai gagnés. »
  • « M’en faire ne fera que rajouter à mes tracas. »
  • « Ça pourrait être pire… »

7. Essayer de rire chaque jour avec vos proches, vos collègues, vos voisins. On ne le dira jamais assez : le rire, en plus d’être contagieux, a le pouvoir de dédramatiser bien des situations. Rappelez-vous que plus on rit, plus on rit !

8. Soyez fier de ce que vous avez, même si cela ne correspond pas tout à fait à vos désirs. Par exemple, faites-vous partie de ceux qui pensent, dès le dimanche matin, que vous allez devoir reprendre le boulot le lendemain ? Pourquoi ne pas plutôt vous compter chanceux ? Parce qu’à l’heure où vous me lisez, des milliers de personnes sont à la recherche d’un travail. Oui, mais, me direz-vous : vous n’aimez vraiment pas votre travail. Mais est-ce avec votre mine découragée que vous aller décrocher ce boulot qui correspond davantage à vos aspirations ? Il me semble que non… Dans le même ordre d’idée : Soyez fier de ce que vous êtes, même si vous n’êtes pas là où vous auriez voulu être. Parce qu’on n’est pas ce que l’on fait, on n’est pas ce que l’on a, on n’est pas ce qu’on dit, on n’est pas nos erreurs, on n’est pas nos succès. On est.

9. Chaque jour, faites-vous plaisir en faisant plaisir à quelqu’un ! Là encore, il a été maintes fois prouvé que le gagnant n’est pas celui qui reçoit, mais celui qui donne !

10. Enfin, il semble que les gens qui ont frôlé la mort (maladie, accident, guerre) réalisent mieux que les autres à quel point la vie est précaire. Cette expérience les rendrait plus enclins à cultiver la joie. Ils trouvent du temps pour eux, disent non, ne se prennent pas trop au sérieux, ne se battent pas contre des moulins à vent, entretiennent des relations harmonieuses et ne s’en font pas trop avec le qu’en-dira-t-on. On peut imiter ces gens, qui nous enseignent que le bonheur ne se trouve pas, il se fabrique.

Et vous, que faites-vous pour cultiver la joie ?

(Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le partager !)

 

 

Chronique « La fabrique à bonheur » : Est-ce qu’on attend d’un chat qu’il jappe?

Publié le

Le Psy-Curieux

kitten-1285341_960_720 copie.jpg Par Pexels via Pixabay

Ce billet porte sur l’auto-évaluation et sur la nocivité de cette habitude.

Je commence tout de suite ma démonstration par un exemple. Si Jean-Philippe décroche de bonnes notes à l’école, on dira de lui qu’il est un bon élève, qu’il est doué ou qu’il a du talent. En revanche, on dira de Sébastien, qui bûche pour obtenir la note de passage, qu’il est un mauvais élève ou même un cancre.

En réalité, Jean-Philippe est un humain qui décroche de bonnes notes à l’école, et Sébastien est un humain qui ne décroche pas de bonnes notes à l’école. Qui plus est : aucun des deux ne parviendra à être plus qu’un humain, qu’il décroche ou non de bonnes notes, qu’il devienne dentiste ou éboueur, qu’il ait du fric ou qu’il n’en ait pas. Même si une poule pondait des lingots d’or, elle n’en serait pas moins une poule.

View original post 402 autres mots

22 conseils faciles à suivre pour vous gâcher l’existence !

Publié le

Le Psy-Curieux

clown-2092079_960_720 copie.jpg Susannp4 sur Pixabay

Vous voulez passer du côté obscur de l’existence, mais ne savez trop comment ? Ne cherchez plus : j’ai dressé pour vous une liste de vingt-deux conseils triés sur le volet, et reconnus pour leur efficacité redoutable.

Parmi ces précieux enseignements, choisissez ceux qui vous interpellent le plus — un ou deux devraient suffire, si vous vous appliquez à bien les intégrer à votre quotidien.

Comme cette liste n’est pas exhaustive, je vous invite à me proposer des ajouts : votre expérience du glauque pourrait en inspirer d’autres. Notez que mes conseils ne suivent aucun ordre spécifique.

  1. Répétez-vous que vous êtes une personne spéciale et qu’à ce titre, vous méritez tout.
  2. C’est encore à titre de personne spéciale que la vie vous a doté d’une sensibilité hors du commun. Voilà pourquoi ce qui pourrait être considéré comme un événement difficile pour l’un — comme une peine d’amour — constitue…

View original post 794 autres mots

«Le 12 août, j’achète un livre québécois»… pour supporter les auteurs ou les intermédiaires ?

Publié le

« Maintenant, si l’auteur réussit à vendre 5000 exemplaires de son livre, il peut crier de joie parce que c’est un exploit difficile à réaliser, mais cela ne fait quand même bien qu’un revenu de 12 500 $. Rien pour se payer une vie décente. »

Le magazine en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys

Dans section «Actualité» du site web du ministère de la Culture et des Communications du Québec on peut lire :

Le 12 août, j’achète un livre québécois

Pour la 4e année consécutive, le public québécois est invité à participer à l’évènement « Le 12 août, j’achète un livre québécois », lancé à l’initiative des auteurs Patrice Cazeault et Amélie Dubé. Cette activité est devenue au fil des ans, grâce aux médias sociaux et à l’appui des libraires, une occasion pour découvrir la littérature québécoise et les auteurs d’ici.

Pour en savoir plus ou pour y participer, visitez l’événement Facebook officiel pour 2017« Le 12 août, j’achète un livre québécois » ou consultez votrelibrairie agrééepréférée!

Source :Minitère de la Culture et des Communications du Québec

Le ministère oriente donc la population vers les librairies agréées. Est-ce le vœux exprimé par les créateurs de cet événement lancé…

View original post 9 039 autres mots

Ma mère, c’était pas une vraie mère…

Publié le

Mon plus récent billet paru dans le Journal du département de psychologie de l’UQÀM, le Psycurieux !

Le Psy-Curieux

baby-17327_1920 PublicDomainPictures on Pixabay

—     En tout cas, poursuit Charlotte, dont le regard s’épivardait dans la pièce et dans ses souvenirs, du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours envié mon amie Juliette.

—     Pourquoi?

—     Pour toutes sortes de raisons, mais surtout à cause de sa mère.

—     Ah bon? Qu’est-ce qu’elle avait qui te plaisait tant, cette mère-là?

—     Plein d’affaires que la mienne n’avait pas. Je me rappelle, par exemple, que quand Juliette rentrait de l’école, sa mère l’attendait comme on attend la venue du p’tit Jésus le 24 décembre : « Ma chérie, vient icitte que je te serre fort, là! Comment ça va? Et ton examen? Laisse-moi deviner ta note : un beau A? » … Je me rappelle que la maison embaumait un doux mélange de Pine Sol, de ragoût de bœuf aux légumes qui avait mijoté toute la journée et de chaussons Pillsbury tout chauds sortis…

View original post 1 185 autres mots